Le Lauragais, pays des moulins à vent.



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        Le Lauragais, pays de transition entre les Pyrénées et le Massif Central, de liaison entre les pays méditerranéens et atlantiques est une zone de terreforts et de boulbènes qui en firent sa richesse.
        Séparé en deux zones par une zone d'effondrement, la gouttière de la vallée de l'Hers mort qui vient mourir au seuil de Naurouze (le seuil du Lauragais de nos vieilles cartes de France Vidal-Lablache) et qui se continue vers l'est par la plaine alluviale du Fresquel. C'est cette zone de liaison facile à pénétrer que vont occuper toutes les voies de passage qui vont faciliter l'occupation humaine et les échanges économiques (voie romaine, route royale, Canal du Midi, autoroute).

        Au nord de cette coupure, c'est un paysage collinaire qui va du Lantarès (région de Lanta) jusqu'aux contreforts de la Montagne Noire, entrecoupé parfois de grandes plaines comme celle de Revel. Les cours d'eau qui ont modelé ce paysage sont des ruisseaux à l'ouest, pauvres en eau en période sèche (le Girou, la Saune, le Marès…). Par contre ceux qui descendent de la Montagne Noire sont des rivières plus régulières (le Sor par exemple) qui ont incité Riquet à construire la Rigole et à alimenter ainsi le Canal du Midi en eau toute l'année. C'est ce qui explique que cette région au Nord-Est du Lauragais riche en eau sera pauvre en moulins à vent, l'abondance en eau permettant à la force hydraulique de faire tourner les meules de façon régulière.

        Au sud de la vallée de l'Hers et du Fresquel, encore une zone de collines, légèrement plus élevées que dans la partie septentrionale, qu'on pourrait qualifier de pré-contreforts pyrénéens.
        Façonnée par des ruisseaux capricieux qui se dirigent vers l'Hers Mort (L'Amadou, la Thésauque, la Ganguise…) ou vers l'Ariège et son affluent l'Hers Vif (la Hise, Vixiège, la Preuille…), cette région plus aride à l'Est - la Piège - sera, comme le Nord-Ouest du Lauragais, le pays des moulins à vent.
        Pour faire tourner ces moulins, il fallait du vent bien sûr ! Et le Lauragais est le pays du vent par excellence. D'ailleurs le Lauragais ne tirerait-t-il pas son nom des vents?... Sur d'anciennes cartes, le Lauragais s'écrit Auragès, le pays de l'Aura et le nom Aura (phonétiquement proche de Auta - vent d'Autan) est le nom occitan de nombreux vents qui soufflent dans le pays : aura bisa (tramontane), aura bassa (un vent de Cers), aura cauda, aura rossa (vents d'Autan). Troublant non ? Le débat reste ouvert entre toponymistes…


        Rares sont les journées sans vent en Lauragais. On s'en souvient longtemps quelque temps après… Le vent d'Autan (qu'on appelle Marin à l'est de Naurouze) est un vent d'Est, Sud-Est qui prend naissance en Méditerranée. C'est le vent terrible, celui qui, dit-on, " rend fou ", empêche de dormir, rend les gens nerveux et excite les enfants. Il souffle par périodes de trois, six ou neuf jours, souvent en rafales, plus fréquemment aux périodes d'équinoxe, quelques 80 jours par an. Chargé d'eau de la Méditerranée, s'engouffrant dans le couloir de Naurouze, un vent d'Autan, l'Autan Noir accumule les nuages qui apportent la pluie souvent la bienvenue au printemps et en automne.
        L'autre groupe de vents dominants est celui des vents de Cers qui soufflent le plus souvent du Nord-Ouest. Ce sont des vents humides et plus réguliers quoique… la dernière tempête-ouragan de fin décembre 1999 venait bien de cette direction-là ! C'était des vents très appréciés des meuniers pour leur constance qui permettait un fonctionnement régulier et sans casse des moulins.

        Il fallait donner du grain à moudre à tous ces moulins. Le Lauragais, de ce côté-là était aussi bien pourvu. Les terreforts argilo-calcaires, les boulbènes plus souples, les bassins d'effondrement ou alluviaux aux printemps humides et aux étés précoces chauds et même caniculaires étaient le domaine des céréales. On a même parlé de grenier à blé du Lauragais. Depuis le néolithique le blé est cultivé dans la région et fit la fortune des notables - parfois le meunier en faisait partie. Une partie était consommée sur place, donc amenée aux moulins. L'excédent était vendu dans les nombreux marchés comme ceux de Villefranche, Revel, Castelnaudary, Baziège et acheminé vers leur destination par le Canal Royal quand il fut en service, puis par le chemin de fer.
        Quand le maïs fut cultivé, il fut utilisé pour nourrir le peuple (le millas) souvent comme un substitut du blé plus rentable à commercialiser. Les moulins, qui la plupart actionnaient deux meules, en réservaient une à produire la farine de maïs. Les fèves et les haricots, cultures vivrières typiquement lauragaises, étaient amenés au moulin quand on voulait en consommer la farine.
        Le Lauragais par sa production de céréales, ses ruisseaux aux débits irréguliers et insuffisants sauf du côté de la Montagne Noire, ses vents incessants mais parfois fantasques était la terre privilégiée des moulins à vent.

Terreforts et boulbènes : Les boullbènes sont des terres plutôt légères, faciles à travailler. Leurs sols sableux et argileux peu calcaires sont plus riches en sable qu'en argile.
Les terreforts sont des sols lourds et compacts, fortement argileux, collants par temps de pluie. Ils sont difficiles à travailler mais sont très fertiles.
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Le vent d'autan dans la Canso :
Dans la Canso - Chanson de la Croisade Albigeoise, écrite au XIII° siècle - au lendemain de la Mort de Simon de Montfort, le dimanche 1er juillet 1218, les croisés tentent un dernier assaut de Toulouse, du côté Est - porte de Montoulieu - essayant de l'incendier grâce à la complicité du vent d'autan, bien sûr. Liasse 207 (vers1 à 3)

Cant foron al dimenge es torbatz l'elemens
El vens e la tempesta e l'aura el turmens
S'espandih per las terras e brandish la semens

Quand ce fut le dimanche, le temps se troubla
Le vent, la tempête, l'autan, l'ouragan
Se répandit à travers les terres et secoua les plantes.

L'aura désigne bien sûr le vent d'autan.
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